Départ de Chch sous un magnifique soleil, ce qui, après le froid de Queenstown et les saucées de Christchurch, était une aubaine, un vrai bonheur ; direction Picton, le ferry, Wellington, l’île du nord.
La route de la côte, en hiver était méconnaissable ; ou étions nous passés trop vite lors de notre redescente du 31 ? (ça en dit long, c’est très probable).
Les élevages de Bambis avaient disparu. Je ne me souvenais plus, et à regret car je suis encore passée trop vite pour m’arrêter, de ce ‘motel’ de cabanes dans les arbres, à 20 mètres de la plage, juste au nord de Kaikoura. La prochaine fois, c’est sur, je m’arrête ! J’attendais par contre avec impatience cette grande côte avec, en contre bas, les tapis rose de cultures de sel. J’étais prête, l’appareil sur les genoux, le pied prêt à la manœuvre. Mais pas de chance, pas la bonne lumière, ce n’était donc que de vastes rectangles grisâtres sans intérêt. (sur fond de collines verdoyantes baignées d’une lumiere intemporelle tout de même…)
Petite hésitation quand à rester quelques semaines à Blenheim pour travailler dans les vignes. Petite seulement car la vue de ces mega cultures m’a tout de suite rebuté, et le caractère sans âme de la ville a fait le reste.
Arrivée à Picton, donc, en début de soirée, où mon sympathique auto-stoppeur canadien, Tim, a pu avoir le dernier ferry. J’avais réservé pour le lendemain, en début d’après-midi, afin de pouvoir visiter le petit village de Picton dans la matinée, et profiter des Sounds et de la traversée de 4h au soleil. Mais c’est sous un orage du tonnerre que je me suis réveillée à l’aube. Ma promenade à travers le petit port était fortement remise en question et je regrettais de ne pas partir plus tôt. Un petit saut au musée maritime, tout de même, dans un beau bâtiment d’époque, sur le port, au terminal des ferry, pour ne pas perdre tout à fait ma matinée- et aussi car le manque culturel éprouvé a Qtown, pesant, nécessitait d’être comblé. La jeune femme de l’accueil, me voyant prendre les cartes de l’île nord et tout le fourbis de prospectus à disposition, a engagé la conversation. C’est sur ses conseils que je suis ressortie, décidée à remonter sur Auckland par la côte est de l’île, et non par l’ouest, comme initialement potentiellement envisagé. Les jours suivants ont tous eu ce point en commun, de décider à la dernière minute de quelle direction prendre.
Le ciel s’est finalement dégagé au moment d’embarquer. Quelle chance, c’en était même encore plus beau, ce contraste d’un orage noir laissant place à un soleil printanier. J’ai passée les heures suivantes à déambuler sur le bateau, l’appareil photo collé à l’œil…en essayant tout de même de lire ces prospectus glanés pour prendre connaissance d’où j’allais. L’île du nord est en grande majorité composée de villes dont les noms me font éternuer ; trop de voyelles. J’ai tout de même déniché, et sur mon potentiel trajet, un petit bijou incontournable-ceux qui me connaissent comprendront- Alfredton ! Okay… Donc peut être trouver un job a Wellington, puis monter en traversant les régions viticoles de Martinborough, puis Hawkes Bay, virage sur Whakapapa (prononcez Fakapapa) au centre pour quelques descentes enneigées avant de rallier Auckland ? Pourquoi pas…
Nous avons finalement atteint l’île nord et malheureusement, rejoint le mauvais temps. Wellington, la ville la plus venteuse de Nouvelle Zélande, vous m’en direz tant ! Il faisait quasiment nuit et je ne voulais pas m’éloigner trop pour revenir visiter la ville le lendemain et éventuellement, y chercher du travail, etc. Mais la suractivité à la sortie du ferry m’a naturellement poussé à rallier une banlieue isolée et paisible, Avalon, où j’ai pris mes quartiers pour la nuit, dans un parc communal gratuit, bien équipé, à proximité de la sortie de la voie rapide. Arriver pendant l’heure de pointe, sous un temps de chien, avec des voies rapides comme je n’en avais plus vu depuis que j’ai quitté la France, forcement, c’était un choc. Au petit matin, j’ai repris la route, d’abord en direction de Wellington pour finalement faire demi tour et m’en éloigner. Trop de monde, pas de réel désir de rester dans cette ville… Une heure plus tard, j’étais dans les impressionnantes hills qui ont protégé la côte est d’un développement intempestif. Et c’est peu de le dire, à une heure de la capital, le trou du c*l du monde.
Martinborough. D’abord accueillie par un arc en ciel embrassant la vallée, il s’est remis à pleuvoir abondamment. Je me suis alors attelée à la tache de trouver du travail dans les vignobles et ai donc du faire les cellar doors. Pauvre de moi ! Trop dur !
En plein hiver, au milieu de la semaine, il n’y avait pas foule. Deux adresses ont retenu mon attention. Schubert tout d’abord, mais pour mettre en garde contre leur Cabernet Merlot 2003. Une odeur de fou, prenante et invasive, qui tétanise les sens, d’olive verte et de sirop de cassis. Un peu plus doux en bouche mais un parfum qui tue tout. Il réchauffe l’œsophage comme une petite gnole. (14,5 degrés). Sinon, pour la bonne adresse, Alana Estate. Mise en jambe avec L’Apéritif 2007. Un riesling doux, moins sucré qu’un Jurançon mais dans cette même veine ; semi moelleux dirons nous, à seulement 9 degrés. Un vrai régal. Un très bon Chardonnay 2007 unoaked, léger, piquant, très bien pour la fondue…
De ma grande tournée des vineries, je n’avais que deux contacts pour le lendemain. Je me suis donc mise en chasse d’un coin tranquille pour la nuit. Ça n’a pas été une mince affaire. Car malgré le vide humain, tous les champs étaient clôturés de barrières et barbelés. Pas non plus d’air de repos ou autres espaces pour touristes, car le seul tourisme ici, c’est le wine trip. Donc que des bed and breakfast hors de prix. J’ai finalement trouvé un coin, au bord d’une rivière, à une dizaine de kilomètres, vers leur stoneedge (en plaque de béton d’après la photo de mon guide ?), avant de devoir mettre les bouts. Dormir au bord d’une rivière sous une pluie battante m’a tout a coup paru un peu limite…
La pluie battante, l’approche du week-end, il n’y aurait pas de travail avant un moment. J’ai donc continué ma route le lendemain jusqu'à la prochaine grande ville, Masterton. Petit tour à la bibliothèque pour un petit quart d’heure gratuit sur internet, hésitation, check des offres d’emploi. Rien, qued’, nada.
Cap sur cette route secondaire qui traverse Alfredton et Wimbledon, en direction de Hastings.
Je me demandais encore ce que je faisais là, paumée sur l’île du nord, errant sans destination précise. Je regrettai l’île du sud, ou au moins de ne pas y être reste plus longtemps pour mieux organiser ce nouveau départ. Car le toutes voiles dehors et chaque matin, décider de la prochaine étape…quitte à changer d’avis en cours de journée, avec des finances commençant sérieusement à faire la gueule devenait flippant. Et c’est très peu pratique, la vie dans le van lorsqu’il pleut incessamment, notamment pour cuisiner. Disons qu’au moins, j’avais « chaud ».
Après des centaines de kilomètres quasiment seule, à zig zager dans hobbitland, croisant des nano bleds que je n’aurais pas remarqué s’ils n’avaient pas existé sur ma carte, je suis tombée sur le fameux lieu dont m’avait parlé Romain, celui avec le plus long nom au monde. Je me suis exclaffée en me demandant ce qu’il avait bien pu fabriquer par là ! 85 lettres ! Je mets quiconque au défi si ce n’est de le retenir, au moins le prononcer! (un tuyau pour ceux qui veulent tenter leur chance, wh se prononce f…) Et tout ça pour une malheureuse ferme plantée de tulipes, abandonnée. Ils en ont de la ressource pour attirer le badaud !
Après une mésaventure à Hastings où un abruti m’a endormi ma réserve d’eau pendant la nuit, pas de boulot à Napier, j’étais décidée à filer sur Auckland via Taupo, mettre le van en vente et quitter la Nouvelle-Zélande. Je suis sortie de Napier, superbe ville reconstruite dans le style Art Déco après un violent tremblement de terre en 1931, toutes voiles dehors, contente d’avoir enfin un plan de route.
Pour fêter ça et ne pas regretter d’avoir traversé une des régions viticoles les plus réputée de NZ sans goûter à ses délices, et aussi car le nom a fait tilt – Crabtree, Crab Farm…- et le lieu s’est détaché du reste, j’ai pilé pour un dernier testing.
Crab Farm. Un cadre absolument magique, exotique comme diraient les locaux. Des statues de bouddha, de l’encens, des meubles de tous styles, et pour ne rien gâcher, du très bon vin. A tout hasard, pour la forme, j’ai demandé à la jeune femme de la cellar door s’ils ne cherchaient pas de la main d’oeuvre. Malheureusement non, mais j’étais chaleureusement invitée à passer la soirée autour de l’énorme cheminée centrale et garer mon van pour la nuit, chez eux, à quelques encablures de là. C’était un vendredi de la fin juillet. Mi-août plus tard, il est temps de reprendre la route.